A deux heures du matin

Falk Richter

  • Traduction : Anne Monfort1
  • Mise en scène : René Loyon
  • Avec Claire Barrabès, Charly Breton, Moussa Kobzili, Olivia Kryger, Hugo Seksig
  • Dramaturgie : Laurence Campet
  • Lumières : Laurent Castaingt
  • Création sonore : Pablo Rapaport
  • Régie générale : Manon Geffroy

Production : Compagnie RL, subventionnée par le Ministère de la Culture – Drac Ile de France. Avec l’aide de l’ADAMI et de la SPEDIDAM

Dans sa pièce La Demande d’emploi, que nous avons montée récemment, Michel Vinaver met en scène un personnage singulier auquel il donne un nom qui sonne « à l’américaine » : Wallace … Celui-ci est chasseur de têtes. Il cherche à recruter pour une entreprise américaine un cadre supérieur. Il est vif, élégant, il a la parole aisée, bref il est cool.

Quand Vinaver écrit sa pièce en 1970, le personnage semble encore relever du prototype. Près de cinquante ans plus tard, les clones de Wallace ont envahi le monde nouveau. Et Falk Richter, à sa façon grave et ironique, dans une forme volontairement éclatée, fragmentaire, est là pour mettre en scène les dynamiques jeunes gens de la mondialisation et de la société néolibérale, c’est-à-dire celle de la marchandisation à tout crin, du capitalisme financier et de sa goinfrerie sans limite.

L’histoire qu’il nous raconte se passe dans une de ces entreprises nouvelles, une de ces start-up dont certains médias nous narrent les aventures mirifiques et les ambitions disruptives. Significativement, la nature de l’activité de l’entreprise en question relève là encore de ce point névralgique qu’est le recrutement des cadres. Richter cherche là à saisir l’état de crise, d’aliénation dans lequel vivent les cadres de cette entreprise, ces personnages à la fois prédateurs et victimes ; certains accrochés pathétiquement à leur part de pouvoir, d’autres à la dérive, pris dans d’insolubles conflits et en quête de repères aussi bien dans leur vie sociale que dans leur vie intime. Et chacun, chacune, dans le sentiment chaque jour plus asphyxiant de sa solitude.

A deux heures du matin (c’est aussi le titre de la dernière scène de la pièce), c’est l’heure de la nuit où les masques tombent, où chacun peut enfin dire ses manques, ses ratages, se rattacher à l’autre pour ne pas sombrer. Dans ce que nous donne à voir Falk Richter, difficile de ne pas penser à ce que l’historien Yuval Noah Harari appelle un « piratage de l’être humain ».

René Loyon

Création : du 13 septembre au 13 octobre 2019 à l’Atalante – Paris

  1. La pièce A deux heures du matin de Falk Richter (traduction Anne Monfort) est publiée et représentée par l’Arche, éditeur et agence théâtrale. www.arche-editeur.com ↩︎